C’est la suite de votre roman ? Montrez-moi ! — Rien d’important, je te montrerai à l’occasion. Elle le regarda d’un air mutin : — Vous êtes sûr que ça va, Harry ? Il rit. — Tout va bien, Nola. Ils sortirent sur la plage. Elle voulait voir les mouettes. Elle ouvrit grands les bras, comme si elle avait des ailes, et courut en décrivant de grands cercles. — J’aimerais pouvoir voler, Harry ! Plus que dix jours ! Dans dix jours nous nous envolerons ! Nous partirons de cette ville de malheur pour toujours ! Ils se croyaient seuls sur la plage. Ni Harry, ni Nola ne se doutaient que Luther Caleb les observait, depuis la forêt, au-dessus des rochers. Il attendit qu’ils retournent dans la maison pour sortir de sa cachette : il longea le chemin de Goose Cove en courant et regagna sa Mustang, sur le chemin forestier parallèle. Il se rendit à Aurora et gara sa voiture devant le Clark’s. Il se précipita à l’intérieur : il devait absolument parler à Jenny. Il fallait que quelqu’un sache. Il avait un mauvais pressentiment. Mais Jenny n’avait aucune envie de le voir. — Luther ? Tu ne devrais pas être ici, lui dit-elle lorsqu’il se présenta devant le comptoir. — Venny… Ve fuis dévolé pour l’autre matin. Ve n’aurais pas dû t’attraper le bras comme ve l’ai fait. — J’ai eu un bleu après ça… — Ve fuis dévolé. — Il faut que tu partes maintenant. — Non, attends… — J’ai porté plainte contre toi, Luther. Travis dit que si tu reviens en ville, je dois l’appeler et que tu auras affaire à lui. Tu ferais bien de partir avant qu’il ne te voie ici. Le géant eut un air dépité. — Tu as porté plainte contre moi ? — Oui. Tu m’as fait si peur l’autre matin… — Mais ve dois te parler dequelque fove d’important. — Rien n’est important, Luther. Va-t’en… — F’est à propos de Harry Quebert… — Harry ? — Oui, dis-moi fe que tu penfes de Harry Quebert… — Pourquoi me parles-tu de lui ? — As-tu confianfe en lui ? — Confiance ? Oui, bien sûr. Pourquoi me poses-tu cette question ? — Il faut que ve te dive quelque fove… — Me dire quelque chose ? Quoi donc ? Au moment où Luther s’apprêtait à répondre, une voiture de police apparut sur la place qui faisait face au Clark’s. — C’est Travis ! s’écria Jenny. File, Luther, file ! Je ne veux pas que tu aies des ennuis. Caleb détala aussitôt. Jenny le vit remonter en voiture et démarrer en trombe. Quelques instants après, Travis Dawn se précipita à l’intérieur. — Est-ce que je viens de voir Luther Caleb ? demanda-t-il. — Oui, répondit Jenny. Mais il ne me voulait rien. C’est un gentil garçon, je regrette d’avoir porté plainte. — Je t’avais dit de me prévenir ! Personne n’a le droit de lever la main sur toi ! Personne ! Travis retourna à sa voiture en courant. Jenny se précipita derrière lui et l’arrêta sur le trottoir. — Je t’en supplie, Travis, ne lui fais pas d’histoires ! S’il te plaît. Je pense qu’il a compris maintenant. Travis la regarda et réalisa soudain ce qui lui échappait. Voilà pourquoi elle était si distante dernièrement. — Non, Jenny… Ne me dis pas que… — Que quoi ? — Tu en pinces pour ce barjot ? — Hein ? Mais qu’est-ce que tu racontes. — Bon sang ! Comment ai-je pu être aussi stupide ! — Non, Travis, qu’est-ce que tu racontes… Il ne l’écoutait plus. Il remonta en voiture et démarra comme un fou, gyrophares enclenchés et sirène hurlante. Sur la route 1, peu avant Side Creek Lane, Luther vit dans son rétroviseur la voiture de police qui venait de le rattraper. Il s’arrêta sur le bas-côté, il avait peur. Travis sortit de sa voiture, furieux. Des milliers de pensées lui traversaient l’esprit : comment Jenny pouvait-elle être attirée par ce monstre ? Comment pouvait-elle le préférer à lui ? Lui qui faisait tout pour elle, lui qui était resté à Aurora pour être près d’elle, et qui se faisait supplanter par ce type. Il ordonna à Luther de sortir de son véhicule et le dévisagea de haut en bas. — Espèce de taré, tu fais des misères à Jenny ? — Non, Travif. Ve te promets que fe n’est pas fe que tu penfes. — J’ai vu les marques sur son bras ! — Ve n’ai pas contrôlé ma force. Ve regrette vraiment. Ve ne veux pas d’histoires. — Pas d’histoires ? Mais c’est toi qui crées des histoires ! Tu la baises, hein ? — Quoi ? — Jenny et toi, vous baisez ensemble ? — Non ! Non ! — Je… Je fais tout pour la rendre heureuse et c’est toi qui la baises ? Mais nom de Dieu, qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans ce monde ? — Travif… F’est pas du tout fe que tu penfes. — La ferme ! cria Travis en attrapant Luther par le col avant de le projeter au sol. Il ne savait pas très bien ce qu’il devait faire : il pensa à Jenny qui le repoussait, il se sentait humilié et misérable. Il éprouvait de la colère aussi, il en avait assez de se faire marcher dessus sans cesse, il était temps de se comporter en homme. Alors, il défit sa matraque de sa ceinture, la leva en l’air, et d’un geste fou, il se mit à battre Luther sauvagement. 15. Avant la tempête “Qu’est-ce que vous en pensez ? — C’est pas mal. Mais je crois que vous prêtez trop d’importance aux mots. — Les mots ? Mais c’est important quand on écrit, non ? — Oui et non. Le sens du mot est plus important que le mot en lui-même. — Que voulez-vous dire ? — Eh bien, un mot est un mot et les mots sont