voulait l’entendre qu’il s’absentait d’Aurora pour quelque temps. — C’est exact. Alors, selon vous, le meurtrier savait que Harry n’était pas chez lui ? — Possible. Mais reconnaissez qu’il est assez surprenant qu’à son retour, Harry n’ait pas remarqué qu’on avait creusé un trou à proximité de sa maison… — Il n’était pas dans son état normal, dis-je. Il était inquiet, dévasté. Il passait son temps à attendre Nola. Largement de quoi ne pas remarquer un peu de terre retournée, surtout à Goose Cove : dès qu’il pleut un peu, le terrain devient complètement boueux. — À la limite, je vous l’accorde. Le meurtrier sait donc que personne ne viendra le déranger ici. Et si jamais on retrouve le cadavre, qui sera accusé ? — Harry. — Bingo, l’écrivain ! — Mais alors pourquoi ce mot ? demandai-je. Pourquoi écrire Adieu, Nola chérie ? — Ça, c’est la question à un million de dollars, l’écrivain. Enfin, surtout pour vous, si je puis me permettre. Notre principal problème était que nos pistes partaient dans tous les sens. Plusieurs questions importantes restaient en suspens, et Gahalowood les inscrivit sur d’immenses feuilles de papier. – Elijah Stern Pourquoi paie-t-il Nola pour la faire peindre ? Quel mobile de la tuer ? – Luther Caleb Pourquoi peint-il Nola ? Pourquoi rôde-t-il à Aurora ? Quel mobile de tuer Nola ? – David et Louisa Kellergan Ont-ils battu leur fille trop fort ? Pourquoi cachent-ils la tentative de suicide de Nola et sa fugue à Martha’s Vineyard ? – Harry Quebert Coupable ? – Chef Gareth Pratt Pourquoi Nola a-t-elle une relation avec lui ? Mobile : a-t-elle menacé de parler ? – Tamara Quinn affirme que le feuillet volé à Harry a disparu ? Qui s’en est emparé dans le bureau du Clark's ? – Qui a écrit les lettres anonymes à Harry ? Qui sait depuis trente-trois ans et n’a jamais rien dit ? – Qui a mis le feu à Goose Cove ? Qui n’a pas intérêt à ce que l’enquête soit bouclée ? Le soir où Gahalowood punaisa ces panneaux contre un mur de ma suite, il poussa un long soupir, plein de désespoir. — Plus on avance et moins j’y vois clair, me dit-il. Je crois qu’il y a un élément central qui relie ces gens et ces événements entre eux. Voilà la clé de l’enquête ! Si nous trouvons le lien, nous tenons le coupable. Il s’effondra dans un fauteuil. Il était dix-neuf heures et il n’avait plus l’énergie de réfléchir. Comme tous les jours précédents à la même heure, je me préparai à partir pour continuer ce que j’avais entrepris de faire : me remettre à la boxe. Je m’étais trouvé une salle à un quart d’heure de voiture et j’avais décidé de faire mon grand retour sur les rings. J’y étais déjà allé tous les soirs depuis mon arrivée au Regent’s, après que le concierge de l’hôtel m’avait recommandé ce club où lui-même pratiquait. — Où allez-vous comme ça ? me demanda Gahalowood. — Boxer. Vous voulez venir ? — Sûrement pas. Je jetai mes affaires dans un sac et je le saluai. — Restez tant que vous voulez, sergent. Claquez simplement la porte derrière vous. — Oh, ne vous inquiétez pas, je me suis fait faire un passe de la chambre. Vous allez vraiment boxer ? — Oui. Il eut une hésitation, puis, lorsque je passai le seuil de la porte, je l’entendis m’appeler. — Attendez-moi, l’écrivain, je vous accompagne finalement. — Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ? — La tentation de vous tabasser. Pourquoi aimez-vous tant la boxe, l’écrivain ? — C’est une longue histoire, sergent. Le jeudi 17 juillet, nous rendîmes visite à Neil Rodik, le capitaine de police qui avait co-dirigé l’enquête en 1975. Il avait aujourd’hui quatre-vingt-cinq ans et vivait sur une chaise roulante, dans une maison pour vieillards du bord de l’océan. Il avait encore en mémoire les sinistres recherches de Nola. Il disait que c’était l’affaire de sa vie. — Cette gamine qui disparaît, c’était complètement fou ! s’exclama-t-il. Une femme l’avait vue sortir de la forêt, en sang. Le temps d’appeler la police, la gamine avait disparu pour toujours. Le plus étonnant à mes yeux, c’est cette histoire de musique que faisait jouer le père Kellergan. Ça m’a toujours tracassé. Et puis, je me suis toujours demandé comment on pouvait ne pas remarquer que sa fille avait été enlevée ? — Donc, pour vous, c’était un enlèvement ? demanda Gahalowood. — Difficile à dire. Manque de preuves. Est-ce que la petite aurait pu aller se promener dehors et se faire ramasser par un maniaque dans sa camionnette ? Oui, bien sûr. — Et est-ce que, par hasard, vous vous rappelez le temps qu’il faisait au moment des recherches ? — Les conditions météo étaient déplorables, il y avait de la pluie, beaucoup de brume. Pourquoi me posez-vous cette question ? — Pour savoir si Harry Quebert aurait pu ne pas remarquer qu’on avait creusé dans son jardin. — Ce n’est pas impossible. La propriété est immense. Avez-vous un jardin, sergent ? — Oui. — Quelle taille ? — Petit. — Considérez-vous qu’il serait possible que quelqu’un y creuse un trou de taille modeste en votre absence et que vous ne vous en rendiez pas compte ensuite ? — C’est possible, en effet. Sur la route du retour vers Concord, Gahalowood me demanda ce que j’en pensais. — Pour moi, le manuscrit prouve que Nola n’a pas été enlevée chez elle, dis-je. Elle est partie rejoindre Harry. Ils avaient rendez-vous dans ce motel, elle s’est enfuie discrètement de chez elle, avec la seule chose qui comptait : le livre de Harry, qu’elle avait gardé avec elle. C’est en chemin qu’elle a été enlevée. Gahalowood esquissa un sourire. — Je crois que je commence à aimer cette idée, dit-il. Elle s’enfuit de chez elle, ce qui explique que personne n’ait rien entendu. Elle marche sur la route 1, pour