aller au Sea Side Motel. Et c’est à ce moment-là qu’elle est enlevée. Ou ramassée sur le bord de la route par quelqu’un en qui elle avait confiance. Nola chérie, a écrit le meurtrier. Il la connaissait. Il propose de la déposer. Et puis, il se met à la toucher. Peut-être qu’il se range sur le bas-côté et qu’ilglisse sa main dans sa jupe. Elle se débat : il la frappe, il lui dit de se tenir tranquille. Mais il n’a pas verrouillé les portes de la voiture et elle parvient à s’enfuir. Elle veut se cacher dans la forêt, mais qui habite à côté de la route 1 et de la forêt de Side Creek ? — Deborah Cooper. — Exact ! L’agresseur poursuit Nola, laissant sa voiture sur le bord de la route. Deborah Cooper les voit et appelle la police. Pendant ce temps, l’agresseur rattrape Nola à l’endroit où l’on a retrouvé le sang et les cheveux ; elle se défend, il la bat sévèrement. Peut-être même abuse-t-il d’elle. Mais voilà que la police arrive : l’officier Dawn et le Chef Pratt se mettent à fouiller la forêt et se rapprochent peu à peu de lui. Il traîne alors Nola dans les profondeurs de la forêt, mais elle parvient à lui échapper et à rejoindre la maison de Deborah Cooper où elle se réfugie. Dawn et Pratt, eux, poursuivent leur fouille de la forêt. Ils sont déjà trop loin pour se rendre compte de quoi que ce soit. Deborah Cooper recueille Nola dans sa cuisine et s’empresse d’aller au salon pour téléphoner à la police. Lorsqu’elle en revient, l’agresseur est là ; il a pénétré dans sa maison pour récupérer Nola. Il abat Cooper d’une balle en plein cœur et emmène Nola avec lui. Il la traîne jusqu’à sa voiture, la jette dans son coffre. Elle est peut-être toujours vivante mais probablement inconsciente : elle a perdu énormément de sang. C’est à ce moment qu’il croise la voiture de l’adjoint du shérif. Une course-poursuite s’engage. Après avoir réussi à semer la police, il se terre à Goose Cove. Il sait que l’endroit est désert, que personne ne viendra le déranger ici. Les policiers le cherchent plus haut, sur la route de Montburry. Il laisse sa voiture à Goose Cove, avec Nola dedans ; peut-être même qu’il la cache dans le garage. Puis il descend sur la plage et il retourne à pied à Aurora. Oui, je suis certain que notre homme habite Aurora : il connaît les routes, il connaît la forêt, il sait que Harry est absent. Il sait tout. Il rentre chez lui sans que personne ne le remarque ; il se douche, se change, puis, lorsque la police arrive au domicile des Kellergan où le père vient d’annoncer la disparition de sa fille, il rejoint la foule des curieux sur Terrace Avenue et s’y mêle. Voilà pourquoi on n’a jamais retrouvé le meurtrier : parce que, quand tout le monde le cherchait autour d’Aurora, il était au milieu de toute l’agitation, au cœur d’Aurora. — Bon sang, fis-je. Alors il était là ? — Oui. Je crois que depuis tout ce temps, il était juste là. Au milieu de la nuit, il lui suffira de retourner à Goose Cove en passant par la plage. J’imagine qu’à ce stade, Nola est morte. Alors il l’enterre dans la propriété, à la lisière de la forêt, là où personne ne remarquera que la terre a été retournée. Puis il récupère sa voiture et la range bien sagement dans son garage à lui, d’où il ne la sortira plus pendant un bout de temps pour ne pas éveiller les soupçons. Le crime était parfait. Je restai bluffé par cette démonstration. — Qu’est-ce que cela implique pour notre suspect ? — Un homme seul. Quelqu’un qui ait pu agir sans que personne ne pose de questions et ne lui demande pourquoi il ne veut plus sortir sa voiture du garage. Quelqu’un qui possède une Chevrolet Monte Carlo noire. Je me laissai emporter par l’excitation : — Il suffit de savoir qui possédait une Chevrolet noire à Aurora à cette époque et nous avons notre homme ! Gahalowood calma immédiatement mes ardeurs : — Pratt y a déjà pensé à l’époque. Pratt a pensé à tout. Sur son rapport figure la liste des propriétaires de Chevrolet à Aurora et dans les environs. Il a rendu visite à chacun d’eux et tous avaient des alibis solides. Tous, sauf un : Harry Quebert. Encore Harry. Nous retombions toujours sur Harry. Chaque critère supplémentaire que nous définissions pour démasquer l’assassin lui correspondait. — Et Luther Caleb ? interrogeai-je avec une lueur d’espoir. Quelle voiture possédait-il ? Gahalowood hocha la tête : — Une Mustang bleue, dit-il. Je soupirai. — Selon vous, sergent, que devrions-nous faire à présent ? — Il y a la sœur de Caleb, que nous n’avons toujours pas interrogée. Je crois qu’il est temps d’aller lui rendre visite. C’est la seule piste que nous n’ayons pas encore véritablement explorée. Ce soir-là, après la boxe, je pris mon courage à deux mains et je me rendis au Sea Side Motel. Il était aux environs de vingt et une heures trente. Harry était assis sur une chaise en plastique, devant la chambre 8, à profiter de la douceur de la soirée en buvant une canette de soda. Il ne dit rien en me voyant ; pour la première fois, je me sentais mal à l’aise en sa présence. — J’avais besoin de vous voir, Harry. De vous dire combien je suis désolé à propos de toute cette histoire… Il me fit signe de m’asseoir sur la chaise à côté de la sienne. — Soda ? me proposa-t-il. — Volontiers. — La machine est au bout du couloir. Je souris et j’allai me chercher un Coca light. En revenant, je lui dis : — C’est ce que vous m’avez dit la première fois que je suis venu à Goose Cove. J’étais en première